Il y a encore 2 ans, j’étais pour l’UMP.

Il y a encore 2 ans, j’étais pour l’UMP.

J’ai réellement commencé à m’intéresser à la politique un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007. Avant, je m’en foutais, j’avais d’ailleurs même voté Royal, plus par mimétisme vis-à-vis de mon entourage que par réelle conviction. J’avais 19 ans, et tout ce qui m’intéressait était le foot et les sorties en boîte.

Peu de temps après, mon choix était fait. Tel un nouveau produit lancé par Danone, Sarkozy vendait du rêve, l’effort, le travail, la réussite, avec un soupçon de mépris et d’ostentatoire qui ne m’avaient pas vraiment gêné à l’époque. Le yacht de Bolloré? On lui offre, il serait con de refuser. Le Fouquet’s ? Qu’est ce qu’on en a à foutre, après tout, qu’il s’amuse.  Casse toi pauv’con ? J’aurais fait pareil, quelle bande de connards ces paysans qui refusent de serrer la main du président.

Malgré les conflits avec mes parents issus d’un milieu ouvrier, j’affichais donc un ostensible soutien à Sarko, le type qui allait réformer, réveiller la France, faire bosser les feignasses, nous bouger le cul quoi. Moi, 20 ans, tout heureux d’aller enquiquiner les exposants du salon de l’AgroAlimentaire avec mon costume H&M, dont le seul engagement politique consistait à se foutre de la gueule des 5-6 rastas du lycée qui bloquaient le lycée à cause de la loi Pécresse. Qu’ils aillent bosser au lieu de jouer du djembé, ces rastaqouères. Aucune expérience, des idées préconçues sur la vie, l’économie, et des rêves de réussite sociale plein les yeux. J’allais aller en Ecole de Commerce, je serais moi-même un puissant un jour, je comptais m’engager pour ce que je pensais être mes intérêts.

En clair, c’était du Sarko : du volontarisme, de la burne, de la réactivité, de l’ouverture, de la compétence. Un vrai packaging qui donne la trique.

4 ans plus tard et à la veille du second tour, je me demande comment la moitié des gens peut voter UMP.

OK, la crise est passée par là. Mais cela n’explique pas les débats au ras des pâquerettes (identité nationale, Islam), ou sur des détails sans importance pour faire oublier l’essentiel, une loi à chaque fois qu’une gamine se fait violer ou assassiner (ou les deux) et autres billevesées. Il fallait communiquer, rattraper le coup et réagir à l’émotion populaire. Pas une journée sans une monstrueuse connerie proférée par Nadine Morano, Frédéric Lefèbvre, David Douillet et consorts. La France sous Sarkozy, c’est  une pub pour de la lessive qui aurait duré 5 ans. Et plus le produit se révélait mauvais, plus la communication était agressive, la communication que l’on réserve aux produits de merde.

A titre personnel, les quelques années qui viennent de se dérouler et leur lot de rencontres, déconvenues et expériences en tous genres, m’ont permis de me mettre du plomb dans le crâne et de me confronter à la réalité du terrain et à saisir la nuance des choses. Le monde est bien plus complexe que deux valeurs portées en étendard et trois slogans publicitaires. Ce qui n’est pas l’apanage de l’UMP, dont la spécialité serait plutôt les raccourcis faciles, mieux compréhensibles pour les moins éduqués d’entre nous.

Et, après avoir assisté à cette désastreuse campagne qui s’apparente à une chamaillerie de cour de récré, j’ai compris qu’il n’y avait rien de rationnel chez les militants UMP.

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Après visionnage de quelques reportages au sein des meetings, il y a quelque chose de religieux, limite fanatique, chez les supporters de Nicolas Sarkozy. Comme ces vidéos hallucinantes de cérémonies évangéliques aux Etats-Unis, où les fidèles sont en transe. A ce stade, la politique n’a plus rien à voir avec des idéaux ou des axes de pensée : on prête allégeance au chef, quitte à lui vouer un culte. A force de se faire reluire, ils vont finir par s’éjaculer dans l’œil. Essayez d’avoir une conversation avec un jeune UMP : des belles valeurs, du verbiage, de l’attaque ad hominem, et une propension à insulter celui qui le renverra à la très pauvre qualité de son argumentaire.

Pendant l’entre-deux tours, cette logique de racolage de l’opinion a été poussée à l’extrême, sans aucune dignité. 20% des gens ont voté Le Pen ? Racolons, mes bons ! Droit de vote des étrangers, hallal, piscines mixtes, stigmatisation des méchants journalistes (et agressions de la part des militants). J’ai la conviction que ces gens sont dangereux pour le pays.

Si je voterai sans doute pour lui demain, je ne perçois pas Hollande comme le messie, mais comme le moins pire des candidats. S’il peut déjà instaurer un semblant de tranquillité dans l’opinion, une stature qui changerait des années de mépris sous Sarkozy, ce sera un très bon début. Il serait surtout temps de sortir de cette logique absurde de partis politiques.

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